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La Ville de Lyon soutient les projets des jeunes

lundi 23 juillet 2018
Projets prodij / Prodij TJAM / Asie et Orient / La fin d'une vie.

La fin d'une vie.

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Pour les rejoindre, il faut des heures de jeep, de moto, de bateau ou de marche. Les Penan ont jadis été médiatisés suite à des actions de blocages de route visant à freiner l'arrivée des compagnies d'exploitation forestière, ou par la disparition de l'activiste Bruno Manser qui a consacré sa vie à lutter à leurs côtés. Aujourd'hui, bien que reconnus comme peuple natif des forêts du pays, ils gênent surtout les transactions du gouvernement et des compagnies exploitant le bois. Un ethnocide est en route dans les forêts lointaines, et le combat oppose des forces bien inégales, à la David contre Goliath, rendant les gens toujours plus fragiles face au monde qui les écrase.

Nous nous sommes demandé comment continuer à exister alors qu'autour de soi tout participe à effacer à petits feux les coutumes et les ressources, les paysages et les espoirs.

Alors nous sommes partis en rencontrer quelques uns, loin très loin dans les forêts du Sarawak.

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Le projet

D'abord, il y a eu ce désir-là : partir rencontrer les derniers Penan nomades de Bornéo, dans l'Etat du Sarawak. On avait imaginé les humeurs des villages nouveaux et précaires, enfouis dans la jungle. On avait imaginé les luttes, collectives, pour défendre les terres grignotées par les compagnies forestières. On nous avait parlé de Peng & de Guman, qui vivaient encore de chasse et de cueillette itinérante. On avait songé au basculement qu'ils vivaient, aujourd'hui, pressés de se sédentariser pour toutes sortes de raison qui peuvent se résumer en un mot : survivre au saccage.

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Avant de partir, nous avions dit cela :

"Il s'agira de partir au nord de Bornéo, au Sarawak, filmer le basculement vécu par le peuple penan depuis quelques années : chasseurs-cueilleurs nomades de la forêt autrefois, petit à petit sédentarisés aujourd'hui.

Il s'agira d'accompagner plusieurs groupes de Penan vivant ce bouleversement à différentes étapes : les uns sont installés depuis des dizaines d'années, les autres viennent de construire un village, les derniers voyagent encore dans la forêt au gré des besoins. Tous sont face à une évidence : la forêt disparaît.

Il s'agira d'explorer cela : la mort de la forêt - la fin d'une vie nomade - un peuple en résistance ou résigné"

 

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Et puis il y a eu le temps au Sarawak, la rencontre avec Jalung, Peng et tous les autres, les mois de repérages et de tournage dans les villages penan, les jours de marche et les messes, les fêtes et les quotidiens tranquilles, les heures de chasses et les nouvelles routes. Le film est né dans nos têtes d'abord, mais il a grandi dans ces semaines vécues auprès des gens, la caméra à la main, l'oeil toujours aux aguets. Il s'est passé beaucoup de choses durant ces mois-là, qui ont donné de nouvelles couleurs au projet initial.

Le film racontera une longue balade avec Jalung entre les villages penan de Long Gitta, Long Tegan, Ba Peresek et Long Tevenga. Dawai dawai, « doucement, tranquillement », c'est ainsi que l'on vit, que l'on marche et que l'on agit, ici. Il sera une fenêtre ouverte sur la jungle vécue de l'intérieur, dans les jours et les soirs des villages, parfois même il nous emmènera passer la nuit dans la forêt. Le film sera traversé par ce qui garde vivants les gens aujourd'hui : il y aura du sang, de la colère, de la mort et on rira quand même.

 

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Dawai dawai, c'est le tempo de la promenade du film aux côtés de Jalong, penan, entre quatre villages de sa vallée dans lesquels transitent quelques familles et quelques histoires.

Dawai dawai, c'est le tempo des paysages de la jungle dans lesquels s'égosillent, au rythme du jour et de la nuit, cigales et grillons, en s'unissant aux cris des oiseaux, orchestre à la partition infinie.

Dawai dawai, c'est le tempo de la parole relayée, à pied entre les villages, c'est celui des pirogues qui font grincer les galets des rivières, ou des motos pétaradant sur les chemins monstrueux, langues de terre meurtrie sous les poids des bulldozers entre les grands arbres.

Dawai dawai, c'est le tempo du courant des rivières et des filets d'eaux qui veinent le territoire penan, très loin dans les montagnes du Sarawak, là où seuls les ONG et les bûcherons s'égarent.

Dawai dawai, c'est le tempo de la vie des villages penan, où l'on dort et l'on mange et l'on prie et l'on joue sans se presser.

Dawai dawai, c'est le tempo des seluang (poissons) dans les rivières, que l'on pêche au filet sous les heures chaudes, et celui des babui (sangliers), des niakit (singes) ou des tela'o (chats-ours) que l'on traque de nuit et qui accompagnent le riz.

Dawai dawai, c'est le tempo des histoires en penan, langue imbibée de forêt et construite sous la forme de la volute, langue aux onomatopées discrètes et à la poésie profonde, langue qui s'étiole aujourd'hui.

Dawai dawai, c'est le tempo des chansons psalmodiées, des histoires anciennes répétées par les vieux, et des musiques pop que les jeunes écoutent sur les téléphones portables sans connexions.

Dawai dawai, c'est le tempo du générateur qui ronronne dans le silence assourdissant de la nuit de la jungle, lorsque tout le monde vient s'asseoir devant le vieux poste pour regarder Tarzan.

Dawai dawai, c'est le tempo des pas des vieux et des jeunes sur les sentiers parsemés de sangsues ou de fruits roses, quand une famille décide de partir en forêt quelques temps pour chercher du sagou dans le cœur des palmiers nourriciers, de la chair fraîche où planter les flèches des sarbacanes ou du gaharu, l'arbre qui a fait la fortune de certains.

Dawai dawai, c'est le tempo des gouttes sur les fronts sous le soleil brûlant, ou sur les nouvelles maisons en tôle et les cabanes en forêt lorsqu'à la saison des pluies l'air chaud devient soudain vapeur torrentielle.

Dawai dawai, c'est le tempo du corps du serpent qui glisse devant soi, celui de la sieste de l'après-midi, ou celui du feu que l'on fait pour brûler les ordures toujours plus nombreuses et toujours plus plastiques.

Dawai dawai, c'est le tempo de l'arbre mutan qui étouffe les autres arbres enracinés depuis longtemps en grimpant sur eux jusqu'à les recouvrir complètement, comme nous le raconte Jalong qui ensuite plein d'effroi nous confie sa puissance et les risques à parler de lui.

Dawai dawai, c'est le tempo des médicaments que l'on prend parce qu'il n'y a plus guère d'arbres guérisseurs et qu'il y a parfois des douleurs impossibles à soigner, au risque de s'endormir un peu, et d'en perdre sa foi ou sa force.

Dawai dawai, c'est le tempo des grosses machines des compagnies forestières, présentes depuis des années sur les terres des sans-droits, mastodontes à la voracité sans limites, corrompues dans l'os, ennemis pervers porteur d'un masque trompeur lorsqu'il se fait bienfaiteur ou employeur des gens dans le besoin.

Dawai dawai, c'est le tempo sous-estimé de la mort des plus vieilles forêts du monde, tapis de mousse aux odeurs délicates, aujourd'hui réduites à peau de chagrin et remplacées par de nouvelles étendues au vert trompeur sur les cartes : les plantations de palmiers à huile, et les forêts secondaires ronceuses dans lesquelles on ne trouve ni sagou ni sanglier et où il n'est plus aisé de vivre.

Dawai dawai, c'est ainsi que l'on tue doucement un peuple, en lui arrachant son espace de vie et en lui proposant de s'anéantir lui-même.

Dawai dawai, c'est aussi le tempo de quelques personnes qui se refusent à abandonner, à échanger leurs terres contre un peu de zinc ou d'argent, et qui continuent d'espérer pour leurs enfants une vie possible entre les arbres et les rivières, sans horaires de travail autre que celui du jour et de la nuit.

Dawai dawai, c'est l'histoire de Peng, de Tepeket, de Jalong, d'Usak ou de Mueng...

 

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Informations supplémentaires

  • Arrondissement: 7ème
  • Date de commission: jeudi, 26 avril 2012
  • Statut du projet: En cours
  • Date première représentation/exposition/evenement: lundi, 23 juillet 2018
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