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La Ville de Lyon soutient les projets des jeunes

dimanche 19 août 2018

Crime

Écrit par 

 

- Pourquoi aviez-vous donné le nom de Calibene à un instrument dont vous parlez dans votre manuscrit, instrument que vous destiniez à tuer des oiseaux ?

- J'avais imaginé ce mot là ; je m'étais attaché à trouver un nom ne pouvant désigner aucun autre objet.

Second interrogatoire de Pierre Rivière, le 18 juillet 1835.

 

Un spectacle proposé par le Compagnie du Calibene.

 

A propos des textes //

Le projet Crime entend confronter deux textes non-théâtraux : Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski (dans sa traduction d'André Markowicz), et Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère... à savoir le mémoire d'un jeune paysan criminel normand de vingt ans du XIXe siècle, publié et commenté, par une équipe dirigée par Michel Foucault, au collège de France dans les années 70.

Le rapprochement de ces deux textes naît d'abord du sentiment de fascination qui entoure leur découverte. Fascination pour l'acte criminel, cette trouée de l'ordre social, fascination pour sa mise en discours. Moment insaisissable où la parole est suspendue, le crime pourtant provoque autour de lui une masse de discours, tentant d'en explorer la logique, tout en se butant au fait inéluctable de la mort. Fascination dont témoignait déjà Michel Foucault éditant le mémoire de Pierre Rivière : « On peut saisir le pouvoir de dérangement propre à un discours comme celui de Rivière. [...] Nous avons été subjugués par le parricide aux yeux roux » ou encore « Soyons francs. Ce n'est peut-être pas cela qui nous a arrêtés plus d'un an sur ces documents. Mais simplement la beauté du mémoire de Rivière. Tout est parti de notre stupéfaction. »

L'ambition serait donc de confronter deux textes, un témoignage et une fiction, pour essayer de tirer quelque chose de cette notion béante de « crime », sur laquelle on revient, on produit inlassablement des discours, mais qui semble toujours échapper à un complet saisissement...

Points d'accroche //

Le personnage de Rodion Romanovitch Raskolnikov et la personne de Pierre Rivière semblent présenter un certain nombre de points communs, en dehors de leurs crimes respectifs.

Ce sont tous les deux des jeunes gens au moment où ils commettent leurs crimes (Rodia a 25 ans, Pierre en a 20). Tous les deux peuvent être analysés comme des meurtriers "moraux", voire "pieux". Le crime, tout en étant faute morale, leur apparaît à tous les deux comme un moyen de dégager un forme de "surplus moral" : pour Pierre, c'est une façon de libérer son père de l'emprise tyrannique de sa mère ; pour Raskolnikov, c'est libérer le monde de la vieille, qui est une terrible usurière, et qui profite de la misère d'autrui pour thésauriser et acheter sa place au paradis. Les deux meurtres connaissent des modalités similaires. Ils sont tous les deux exécutés à l'arme blanche, avec des outils de travail (une serpe ou une hache). Ils sont de plus extrêmement violents, et Rodia comme Pierre attaquent leurs victimes sauvagement à la tête ou au visage. En même temps, si leurs actes semblent avoir été savamment préparés, et rationnellement prémédités, ils échappent aux deux meurtriers au moment de l'exécution. Certaines conditions matérielles tout comme la mise en œuvre d'une pensée (pensée folle ? perverse ? pourtant, ils construisent très bien, tous les deux, leurs propos...) rapprochent les deux crimes, produisant des échos comme des dissonances à explorer. Enfin, il sera aussi particulièrement intéressant d'interroger la profonde hétérogénéité de ces deux « nourritures », puisque l'une constitue une œuvre de fiction, l'autre un document historique...

 La résurrection de Lazare, selon Van Gogh.  D'après Markowicz, ce serait la figure centrale de Crime et Châtiment...

 

Ce que remue ces textes //

Les textes choisis mettent en scène des modalités de discours très différentes (entre le « mémoire » de Pierre Rivière, les échanges romanesques de Dostoïevski, et les temps de monologues métaphysiques de Raskolnikov...), qui permettraient d'explorer des théâtralités et des dramaturgies elles-mêmes très différentes : de l'échange incarné quasi réaliste, développant une esthétique du quatrième mur, mais aussi des moments de rupture dans l'illusion, avec des passages qui empruntent à des formes de théâtre plus symboliques ou "magiques" (exploration du jeu frontal, avec un travail important du corps et la diction...). Cela ouvre à toute une réflexion sur la puissance de la mise en scène de contrastes. Les formes de théâtralités, si elles sont confrontées, permettent de s'interroger sur leurs valeurs propres. Il s'agit de mettre des coups de haches dans la dramaturgie.

La confrontation d'un texte de fiction et d'un témoignage historique peut aussi être intéressante à monter du point de vue du traitement, dans le jeu, que l'on va faire des personnages et des personnes. Est-ce que l'on peut incarner de la même manière un être de chair (même s'il n'est plus que poussière, il a existé) et un être de papier ? Ne faut-il pas nécessairement, et d'autant plus quand l'on s'intéresse à une matière aussi brûlante et dérangeante, forcer un traitement différent ?

Les textes sont piégés. Pierre Rivière, en écrivant son texte, semble lever le voile sur un « grand plan » organisé depuis le début. Ainsi, c'est comme s'il avait mis en place un grand piège, son exécution même en faisant partie. Mais lui-même sera piégé par son texte (puisque ce sera l'élément qui amènera les juges à le gracier pour cause de démence). Question présente aussi dans Crime et Châtiment : Rodia est très calculateur, passe son temps à essayer de tendre des pièges, et s'imagine qu'on lui en tend. Le théâtre lui-même ici peut se faire piège, souricière où prendre la conscience du spectateur ; il s'agit, par de débusquer les procédés qui permettent de susciter au sein du public certaines idées, certaines certitudes sur ce qu'il est en train de voir, et qu'il se retrouve « piégé », « dérouté », obligé de revoir la conception qu'il s'était faits. Dans ce cadre, les technologies peuvent aussi être un appui au piège...

Technologies Nouvelles //

Ce travail sur Crime est le lieu d'une première expérimentation sur les "technologies nouvelles", et notamment de captation de mouvement. En collaboration avec le collectif Edith et David, ainsi qu'avec le laboratoire junior ReCréA, la Compagnie du Calibene se concentrera sur deux logiciels. Le Motion Detector Midi Adaptor (MDMA), développé lors d'un projet de master par des informaticiens de l'ENS de Lyon, logiciel qui permet de transformer le mouvement en commande MIDI, ainsi que le logiciel  Modul8, logiciel de VJing développé par GarageCUBE.

Deux passages, issus de chacune de nos deux œuvres, ont été sélectionnés, sur lesquels on se concentrera pour l'utilisation de nos logiciels. Ces passages sont encore "bruts", c'est-à-dire qu'ils n'ont pas fait l'objet d'un travail d'adaptation. L'enjeu est de voir comment un travail sur ces technologies de captation de mouvement peut aussi impacter sur la transformation d'un texte non-théâtral en une expérience scénique.

Equipe //

Capucine Berthon - Jeu

Jonathan Briant - Plasticien

Robin Cauche - Régie multimédia

Pierre Causse - Dramaturgie textuelle

Pierre Cuq - Jeu

Melissa Golebiewski - Dramaturgie multimédia

Vivien Hébert - Mise en scène

Charles Lasry - Jeu

Maruszka Meinard - Jeu

Romain Ozanon - Jeu

Boris Vargnieu - Jeu

Paul-Félix Verger - Création sonore 

Quand //

4, 5 et 6 juin au théâtre Kantor

D'autres dates à venir. 

 

 

Plus d'informations à propos de :

- ReCréA : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2326

- MDMA : http://graal.ens-lyon.fr/mdma/ et http://calibene.com/2013/10/25/logiciel-mdma/

- Modul8 :  http://www.garagecube.com/

Informations supplémentaires

  • Arrondissement: 1er
  • Date de commission: mercredi, 25 avril 2012
  • Statut du projet: En préparation
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